J’ai peut-être été une pionnière sans le savoir : je fais de la classe inversée depuis la fin des années 80, sans savoir que ça avait un nom. Je voulais simplement réserver le temps du cours à la conversation. Pour travailler les situations rencontrées au travail, mes apprenants avaient besoin de connaître les mots et les expressions avant de se lancer. Quand on a commencé à parler de « classe inversée » autour de l’année 2000, j’avais donc déjà pas mal de pratique ! Faire préparer les cours n’est pas toujours facile. Je sais qu’entre le travail et la vie de famille, les journées sont bien remplies. Mais j’insiste un peu, parce que je vois une vraie différence dans les progrès de ceux qui préparent. Alors j’ai eu envie de vous expliquer pourquoi ça marche.
La classe inversée, comment ça fonctionne ?
Avant le cours, vous découvrez les mots, les expressions ou les points de grammaire que nous allons utiliser. Ça passe par une courte vidéo, un texte ou un podcast. Pendant la séance, nous les mettons en pratique : une conversation, un problème à résoudre, une situation à travailler. Je peux vous écouter et vous aider là où vous en avez besoin.
Vous avez donc un premier contact avec la langue avant de devoir vous en servir. Les recherches sur la mémoire et l’apprentissage nous aident à comprendre pourquoi ce temps de préparation vous aide.
Préparer son cours d’anglais permet d’avancer à son rythme
Quand vous parlez anglais, vous faites beaucoup de choses à la fois. Vous écoutez, vous cherchez le sens d’un mot, vous réfléchissez à votre réponse… et pendant ce temps, votre interlocuteur continue à parler.
Tout cela fait appel à la mémoire de travail. Elle nous permet de garder des informations en tête et de les utiliser, mais sa capacité est limitée. Si trop de choses sont nouvelles en même temps, on perd facilement le fil.
Chez vous, vous pouvez mettre la vidéo en pause, réécouter une phrase, ralentir l’enregistrement ou chercher un mot. Vous prenez le temps qu’il vous faut.
Vous n’avez pas besoin de tout savoir avant le cours. Mais si vous connaissez déjà une partie du vocabulaire, vous pouvez vous concentrer davantage sur ce que vous voulez dire. Des recherches sur la classe inversée en langues suggèrent que cette liberté de rythme aide les apprenants à mieux gérer l’effort demandé et à se sentir plus confiants. Voir l’étude publiée dans Foreign Language Annals.
Retrouver un mot en mémoire aide à le retenir
Vous l’avez sûrement déjà dit ‘Je connais ce mot, pourtant !’. Vous comprenez un mot dès que vous le voyez, mais au moment de l’utiliser, impossible de le retrouver.
Relire donne l’impression de savoir parce que le contenu devient familier. Mais reconnaître un mot et le retrouver sans aide sont deux choses différentes.
Quand vous répondez à une question sans vos notes. Quand vous produisez du langage, vous vous entraînez à retrouver ce que vous avez appris. Cet effort peut vous aider à vous en souvenir la prochaine fois.
Dans une expérience sur la mémoire, les participants qui s’entraînaient à retrouver les informations les retenaient mieux après un délai que ceux qui les étudiaient plusieurs fois. Pourtant, ceux qui passaient plus de temps à étudier se sentaient au départ plus sûrs de les retenir. Comme quoi, notre impression n’est pas toujours un bon indicateur. Voir l’étude de Roediger et Karpicke.
En anglais, on peut reconnaître un verbe à particule en lisant, puis réussir à le retrouver quand on nous le demande. L’étape suivante, c’est de l’utiliser spontanément dans une conversation. C’est là que nous voulons arriver.
Des activités variées pour utiliser le vocabulaire ailleurs qu’en cours
Prenons l’expression ‘sort out’, qui peut vouloir dire régler un problème.
Vous l’entendez dans une vidéo, puis vous la lisez dans un dialogue. Vous l’associez à sa définition et vous complétez une phrase. En cours, vous l’utilisez dans un jeu de rôle. Puis vous me racontez un problème que vous avez dû régler vous-même.
Vous avez travaillé la même expression de plusieurs façons. Vous connaissez sa prononciation, son orthographe et son sens. Vous l’avez reliée à une situation, puis à votre propre vie. Vous vous êtes aussi entraîné à la dire. Cela vous donne plusieurs points d’appui pour la retrouver.
C’est important, parce qu’on peut réussir un exercice sans savoir utiliser le vocabulaire en dehors de cet exercice. Associer des mots à des définitions ne prépare pas à tout. Il faut aussi les retrouver dans d’autres contextes et s’en servir pour dire quelque chose.
Revoir un peu, plusieurs fois, pour mieux mémoriser
Avec la classe inversée, vous découvrez une expression avant le cours, vous l’utilisez pendant la séance et vous la retrouvez plus tard dans une autre activité. Le travail est réparti sur plusieurs jours.
Entre-temps, vous aurez peut-être oublié un peu. Ça arrive, et cela ne veut pas dire que vous avez travaillé pour rien. L’effort nécessaire pour retrouver l’information peut justement aider à la retenir plus longtemps, à condition que la difficulté reste raisonnable.
Les recherches montrent l’intérêt de cette pratique espacée sur des périodes allant de quelques jours à plusieurs mois. Le bon intervalle dépend notamment de la durée pendant laquelle on veut retenir l’information. Voir les travaux de Cepeda et de ses collègues.
Une autre étude, menée sur le vocabulaire en langue étrangère, a montré que des révisions plus espacées donnaient de meilleurs résultats à long terme, même si l’apprentissage semblait plus lent au début. Voir l’étude de Bahrick et de ses collègues.
On peut donc avoir l’impression d’avancer moins vite et de mieux retenir. C’est bon à savoir quand on trouve qu’on devrait déjà connaître tout ça.
Pour parler anglais, il faut parler !
Comprendre une règle de grammaire ne suffit pas toujours à l’utiliser dans une conversation. Vous pouvez savoir comment construire une phrase et ne pas y arriver quand quelqu’un attend votre réponse.
Avant le cours, vous apprenez le sens des mots et le fonctionnement des règles. Ce sont des connaissances dites « déclaratives » : des choses que vous savez et que vous pouvez expliquer.
Quand vous parlez, il faut choisir les mots, construire les phrases, comprendre l’autre personne et répondre assez vite. Cela demande de la pratique. À force d’utiliser la langue dans de vrais échanges, certaines choses deviennent plus faciles et demandent moins d’attention.
C’est pour cela que je tiens à garder du temps pour la conversation. Les vidéos et les explications sont utiles, mais vous avez aussi besoin de parler. Vous pouvez alors passer de « je comprends comment ça fonctionne » à « je sais le faire quand j’en ai besoin ».
Des corrections au moment où elles sont utiles
Bien sûr, on peut aussi se souvenir de quelque chose de travers. Un mot mal compris, une prononciation approximative, une tournure qu’on traduit directement du français…
Pendant le cours, je peux repérer ces difficultés et vous faire un retour précis. Nous pouvons corriger un son, rendre une phrase plus naturelle, choisir une expression mieux adaptée ou voir pourquoi un verbe modal change le ton de votre demande.
Puis vous réessayez. Vous avez encore la situation en tête et vous pouvez tout de suite utiliser la correction. Cela vous aide à retenir une formulation plus juste avant que l’erreur ne s’installe.
Pourquoi utiliser des vidéos, des textes et de l’audio ?
Vous préférez peut-être écouter plutôt que lire. Ou vous aimez regarder une vidéo pour découvrir un sujet. Ces préférences comptent, et varier les supports peut faciliter l’apprentissage et aider à rester attentif.
Mais cela ne veut pas dire que chacun a un « style d’apprentissage » fixe, visuel, auditif ou kinesthésique, qu’il faudrait respecter pour pouvoir apprendre.
Les formats nous servent surtout à faire des choses différentes. L’audio permet de travailler l’écoute et la prononciation. Avec un texte, on peut prendre le temps de regarder comment une phrase est construite. En parlant, on s’entraîne à trouver ses mots et à répondre. Un quiz oblige à chercher dans sa mémoire.
Le choix dépend donc de ce qu’on veut travailler.
Ce qui compte, c’est ce qu’on fait avec la langue
Varier les activités ne suffit pas. On peut en faire dix, les trouver amusantes et ne pas retenir grand-chose. Chaque activité doit nous ramener au vocabulaire ou aux expressions dont nous avons besoin, avec un peu plus d’autonomie ou de difficulté à chaque fois.
Vous découvrez, vous comprenez, vous essayez de retrouver sans regarder. Vous recevez des corrections, vous utilisez ce que vous avez appris, puis vous y revenez plus tard.
La classe inversée permet d’organiser tout cela : une première découverte à votre rythme, plusieurs occasions de retrouver les mots, des révisions espacées, des situations différentes et du temps pour parler avec un retour sur ce que vous dites.
Voilà pourquoi je demande à mes apprenants de préparer leurs cours d’anglais. Je sais que c’est du temps à trouver. Mais cela nous permet de faire beaucoup plus pendant nos séances, et surtout de vous donner davantage de pratique. Vous souhaitez progresser en anglais ? Contactez-moi pour parler de vos besoins et voir comment nous pouvons travailler ensemble.

