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  • La beauté de la complexité

    La beauté de la complexité

    Si vous avez passé un peu de temps à faire défiler des contenus récemment, vous aurez sans doute remarqué que certaines personnes semblent aujourd’hui très sûres d’elles. Elles n’hésitent pas, elles n’atténuent pas. Plutôt que de prendre le temps de réfléchir, d’examiner les différents aspects d’un sujet ou de tenter de comprendre d’autres points de vue, les opinions sont souvent présentées comme des certitudes.

    Une partie de ce phénomène s’explique par les ‘bulles d’information’ (filter bubbles) dans lesquelles nous pouvons facilement évoluer lorsque nous nous informons principalement via les réseaux sociaux. Mais ce n’est pas la seule raison.

    Cette assurance éditoriale est alimentée par la vitesse et la pression du monde en ligne. Prendre le temps de nuancer, de douter, de revenir sur une idée s’accorde mal avec des algorithmes qui valorisent la conviction, l’indignation et la simplicité.

    La complexité prend du temps à expliquer. L’incertitude attire moins de clics. Résultat : ce sont souvent les voix les plus affirmées qui sont mises en avant, pas nécessairement les plus réfléchies.

    Ajoutez à cela la comparaison permanente, la quête de visibilité et la mise en scène de l’expertise, et vous obtenez un espace où parler fort est fréquemment confondu avec avoir raison.

    Réflexion ou réaction?

    Peu à peu, la réflexion risque de laisser place à la réaction, et le dialogue à l’affirmation. Or, la compréhension réelle exige exactement l’inverse : du temps, du doute, de l’écoute et la capacité d’accepter de changer d’avis.

    Pour moi, prendre le temps de comprendre est à la fois beau et puissant.

    Beau, parce que la vie humaine elle-même n’est pas binaire. Puissant, parce que la compréhension est une force qui permet d’entrer en relation avec les autres.

    La logique du « tout, tout de suite » nous met sous une pression constante, et nos vies, professionnelles comme personnelles, sont rarement organisées pour accueillir la complexité. Pourtant, le monde n’est pas simple. Lorsqu’on communique des idées, des points de vue construits et des conclusions fondées sur des faits, cela demande du temps. Lancer des opinions creuses est à la portée de tout le monde, mais reste un exercice assez vain.

    Cette dynamique n’a rien d’accidentel. De nombreuses études à grande échelle montrent que les algorithmes des grandes plateformes amplifient systématiquement les contenus émotionnels, polarisés et excessivement affirmés, parce qu’ils génèrent davantage d’engagement. Nous commençons d’ailleurs à en voir les effets à travers la montée des discours populistes dans de nombreuses régions du monde.

    Les propres recherches internes de Meta ont révélé que les publications suscitant des réactions fortes, comme la colère, le choc ou une certitude affichée, généraient jusqu’à cinq fois plus d’engagement que des contenus neutres¹.

    Une étude du MIT a montré que les informations fausses ou sensationnalistes se diffusent six fois plus vite que les contenus nuancés ou factuels, car les algorithmes privilégient le potentiel de partage plutôt que l’exactitude².

    Le système de recommandation de TikTok peut entraîner les utilisateurs vers des flux de contenus très homogènes en moins de quarante minutes, renforçant des certitudes extrêmes et réduisant l’exposition à des points de vue différents³.

    Les systèmes de classement de Google et de YouTube tendent eux aussi à privilégier les contenus générant de forts taux de clics, ce qui signifie que des messages simplifiés et très affirmés surpassent souvent des explications plus lentes et plus nuancées⁴.

    La nuance devient invisible…

    Pris ensemble, ces mécanismes créent un environnement où la nuance devient invisible, la modération est pénalisée et la confiance affichée, même lorsqu’elle n’est pas fondée, est récompensée. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les échanges en ligne paraissent plus tranchés, plus rapides et plus oppressants : l’architecture même de ces plateformes favorise la certitude au détriment de la réflexion.

    Mais nous pouvons tous agir à notre échelle. En prenant le temps de publier des idées construites, en développant nos propres réflexions sur les réseaux, en osant être originaux et en exprimant ce que nous pensons réellement, sans chercher à suivre les tendances ou à ressembler aux autres.

    Si vous vous reconnaissez dans ce que je décris ici, mais que vous n’avez pas le temps de mener les recherches ou de structurer cette réflexion, je peux être ce soutien. Vos idées, vos valeurs et votre expérience sont riches et nuancées. Je peux vous aider à les partager en prenant ce temps pour vous, en avançant à vos côtés comme partenaire d’écriture.

    Sources

    ¹ https://www.wsj.com/tech/facebook-algorithm-change-zuckerberg-11631654215

    ² https://www.science.org/doi/10.1126/science.aap9559

    ³ Center for Countering Digital Hate : https://counterhate.com/research/deadly-by-design/

    ⁴ Mozilla Foundation, YouTube Algorithm Studies (2021) : https://www.mozillafoundation.org/en/youtube/findings/